Quatre ans
- il y a 2 jours
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Marie a quatre ans, ce matin d’automne où, comme tous les matins, sa maman l’accompagne à l’école. Toujours le même chemin, souvent les mêmes personnes que l’on croise, les futurs copains et copines de classe, les voisins, des hommes, des femmes qui partent au travail ou ailleurs.
Pourtant ce matin n’est pas comme les autres. Alors qu’elle regarde en l’air, sautille, danse, chante, Marie sent la pression de la main de sa maman dans la sienne. Ce qui la ramène aussitôt à la réalité. Elle se concentre sur la route. Á sa droite, ô stupeur, elle aperçoit une paire de chaussures de femmes à talons hauts, un chapeau et des taches de sang.
La petite fille ne comprend pas. Qu’est-ce que c’est ? Qui ? Pourquoi ? Comment ? Où est passée la dame, la propriétaire des chaussures et du chapeau ? Alors qu’elle pose toutes ces questions en même temps à sa maman, celle-ci accélère le pas, lui serre un peu plus la main, lui dit de ne pas traîner, qu’elle va être en retard.
Toute la journée, cette vision va hanter Marie. D’autant plus qu’elle n’a pas eu de réponse à ses questions. En allant à l’école, elle entend des adultes murmurer des choses comme « quelle tristesse »… « finir comme ça »… »une prostituée, sans doute »… « un règlement de compte »… une femme adultère »…
Des mots qu’elle ne comprend pas. Qu’est-ce que ça veut dire ? La dame est morte ? Pourquoi ? Où est-elle ? Que disent tous ces gens ?
Elle est triste et se pose beaucoup de questions. Mais le soir, lorsqu’elle demande à sa maman, celle-ci ne lui répond pas.
Maman, c’était qui la dame ? Pourquoi on lui a fait du mal ? Où elle est ? Toutes ces questions restées sans réponse lui ont provoqué de violentes douleurs à la tête, suivies de vomissements.
Cette scène lui revient de temps en temps, comme un flash, la ramenant à ses incompréhensions, à ses questionnements restés sans réponse, à la violence de situations qu’elle ne comprend pas, qu’on ne lui explique pas. Des migraines se sont installées à partir de ce jour. Tenaces, violentes, invalidantes. Jusqu’au jour où elle a pris conscience de ce qui se jouait ce jour-là, jusqu’au jour où elle a fait le lien entre la vision, la violence renvoyée par cette scène, l’incompréhension de la petite fille qui sentait qu’il se passait quelque chose de grave mais ne comprenait pas pourquoi et surtout ne comprenait pas le silence qui entourait cette situation. Il est terrible pour un enfant de ne pas avoir de réponse.































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