Dis moi comment tu aimes, je te dirai comme tu as été aimée...

Rosaly Menezes Coelho de Araújo[1]

Véronique Marie Durand [2]


Introduçtion


Cet article vise à discuter la question de la dépendance de la femme, dans le cas de violences domestiques: dépendance matérielle, émotionnelle, affective, du regard des autres, de la communauté ?

Nous allons évaluer à quel point la dépendance émotionnelle est importante et pourquoi de nombreuses femmes ne sont pas armées pour sortir d’une relation toxique. Elles sont dépendantes. Le travail du (de la) psychologue est essentiel dans le cadre de l’écoute active car il peut accompagner la personne en situation de violence, analyser la situation. Il est fondamental qu’elle prenne conscience de la situation par elle-même. Et qu’elle prenne la décision de se séparer quand elle constate que la relation qu’elle vit n’a rien à voir avec de l’amour.

Qu’est ce que la dépendance émotionnelle ? Diane BORGIA donne la définition suivante:

“Quand nous parlons de dépendance émotionnelle et affective, nous pouvons penser qu’elles sont identiques. Bien que les deux fassent référence au monde émotionnel de la co-dépendance, les signifiants sont bien distincts. La différence significative entre les deux vient du fait que la dépendance émotionnelle décrit le type de dépendance d’une personne par rapport à une autre, par rapport à des animaux ou à des choses alors que la dépendance affective identifie le type particulier de dépendance entre partenaires amoureux.

La dépendance émotive, également appelée dépendance émotionnelle s’explique par le fait qu’une personne croit que son bien être et son bonheur ou son mal être et son malheur dépendent directement de quelqu’un ou de quelque chose, extérieur à soi. Le terme de dépendance affective identifie, lui, le type particulier de dépendance qui se produit dans le cadre des relations amoureuses lorsque l’individu croit que son bonheur et/ou son malheur dépendent spécifiquement de son amour. Elle détermine un ensemble d’émotions, attitudes, réactions et comportements typiques des relations amoureuses ». [3]

La société participe activement à la propension de l’amour toxique, par des messages multiples, médiatisés qui valident cette idée, faisant croire que c’est l’unique et vraie façon d’aimer. L’amour serait la solution à la solitude, à la souffrance et au désespoir: “je ne peux pas vivre sans toi... Peu importent les difficultés et les souffrances, je suis prêt à tout pour vivre avec toi... Tu dois rester auprès de moi à n’importe quel prix et me rendre heureuse”... Ce sont les messages des films, livres, musiques, publicités.

Selon Diane BORGIA (2011) la co-dépendance est l’expression de multiples dépendances visibles et invisibles et les co-dépendants présentent les deux premières dépendances invisibles appelées émotive et affective, induites par les quatre éléments qui composent le cœur de la co-dépendance. Il s’agit du manque d’objectivité, de l’identité négative, du besoin d’amour et du contrôle et immaturité émotionnels qui apportent souffrance et mal être, que le co-dépendant tente d’éviter en adoptant des comportements et attitudes qui peuvent le soulager momentanément.

Quand le co-dépendent se retrouve seul, et qu’il lui manque de l’amour, comme n’importe quel autre dépendant de drogues, il ressent les effets de l’absence et des objections qui l’amènent souvent à penser au suicide pour échapper à la souffrance, aux symptômes physiques, émotionnels et psychologiques qui accompagnent la désintoxication. Au fait de ces effets, le dépendant est prêt à faire n’importe quoi pour ne pas se retrouver seul. Certaines personnes se soumettent à n’importe quelle situation, destructrice, maladive voire dangereuse, afin d’éviter la solitude.

Nous ne pouvons ignorer les facteurs émotionnels et affectifs qui amènent une femme à ne pas déclarer une agression de la part de son compagnon. En accord avec la recherche[4] Data Senado 2013, c’est la peur de l’agresseur qui empêche la dénonciation : 74% ont peur de l’agresseur ; 34% sont dépendantes financièrement ; 34% pensent à l’éducation de leurs enfants ; 26% ont honte de l’agression; 23% ne croient pas à une punition ; 22% croient que c’était la dernière fois ; 19% ne connaissent pas leurs droits.

Les personnes concernées ne voient pas qu’elles ne voient pas les agressions. Cette expérience du « double aveugle » empêche la réaction d’indignation, dans le sens de parvenir à les stopper. Selon RAVAZZOLA[5] (1997,1998, 2015 apud Guimarães, 2015, p.55)

Les anesthésies relationnelles apparaissent comme contradictoires à une réaction naturelle que les personnes ont ou devraient avoir lorsqu’elles reconnaissent ou souffrent des violences dans leur quotidien. La réponse attendue de la part des personnes qui entrent en contact avec une situation de violence sociale ou familiale – que ce soit en tant que témoin ou en étant directement concernée – est qu’elles expriment de la douleur, de l’indignation, de la colère, de l’impuissance et de la honte. L’expérience de mal être amènerait à un type de réaction dans le but de l’interrompre. La présence des anesthésies empêche ou ralentit cette réaction.


Combien de fois – nous, travailleurs sociaux, psychologues – entendons nous ces questions : pourquoi est-ce qu’elle ne part pas quand elle subit des violences domestiques ? Pourquoi est-ce qu’elle continue à supporter des humiliations, des coups, la peur, des situations dégradantes devant ses enfants, sa famille, ses amis ?

Tant que nous ne comprenons pas la complexité de la situation, le phénomène de reproduction sociale et psychologique, nous ne pouvons pas aider, accompagner, les femmes en situation de violence. Il est important de comprendre que se taire, ce n’est pas accepter. C’est souffrir.

Dans certaines circonstances, le cycle de la violence contre la femme est décrit avec tant de réalité, qu’il nous pousse à l’indignation, étant donnée la situation de cette femme et de son agresseur. Discuter la motivation qui pousse cette femme à supporter autant d’agressions ne nous aidera pas et ne l’aidera pas ; de même qu’adopter une posture de rejet pour ses choix, si nous ne comprenons pas comment s’articule une relation traversée par les plus perverses formes de violence, pour des motifs futiles, injustifiés et injustifiables, nous ne serons pas utiles. La construction de l’identité de la femme se construit en fonction de son insertion dans une société séculairement déterminée par le patriarcat qui a déterminé que la femme est un être incomplet, qui a besoin de protection.

Quel qu’ait été le stade de l’humanité, un nouveau paradigme n’est pas parvenu à s’instaurer sans l’opposition de la pensée alors dominante. Et nous avons remarqué que plus importante est l’opposition face à de nouvelles idées, plus grande sera la transformation qu’elle doit produire et plus grands seront les obstacles à vaincre dans la mesure où ces idées viennent pour déstabiliser des intérêts mesquins de la pensée dominante et de l’oppresseur au pouvoir. C’est ce qui s’est passé lors des découvertes scientifiques et c’est ce qui se passe lors de la re-signification de tant de modèles de structuration sociale.

Enfin, nous comprenons que l’effort pour les femmes d’aujourd’hui qui parcourent les chemins à la recherche de leurs droits afin de devenir autonomes et de recouvrer la dignité, ce serait comme développer un grand métier à tisser où de nombreuses mains participeront à créer une énorme pièce consolidée, au sein de laquelle se dessinera un nouvel horizon, fruit de la somme de tant d’acteurs qui auront collaboré au but final de la culture de paix.

Nous allons présenter trois cas cliniques de femmes en situation de violences, accompagnées par la psychologue de la Vara de Violência Doméstica e Familiar contra a Mulher em Jaboatão dos Guararapes – Pernambuco. (Tribunal de Justice traitant des problématiques de violences domestiques à Jaboatão – Etat de Pernambuco). Les noms sont fictifs afin de préserver l’anonymat et la confidentialité des informations.






Trois cas cliniques



Amanda

Amanda est une jeune femme de 27 ans ; elle a travaillé comme vendeuse et actuellement, elle est sans emploi, mais elle perçoit la Bolsa família (Bourse famille, destinée aux familles en difficulté pour que les enfants puissent aller à l’école). Elle est mère de 3 garçons de deux pères distincts. La première relation a duré environ 12 ans, et a débuté alors qu’elle en avait 15 et lui 17. De cette union, sont nés deux garçons, actuellement âgés de 7 et 4 ans. Suite à la rupture de cette première relation, Amanda a rapidement rencontré un autre compagnon avec lequel elle vit aujourd’hui, avec qui ils ont eu un bébé, également de sexe masculin; son compagnon est un jeune policier en activité.

Selon Amanda, son premier compagnon qui avait travaillé comme vigile et se trouvait à l’époque sans emploi, a été mis en prison pour un vol à main armée et il abusait de drogues illicites. Durant la période où il était prisonnier, elle lui rendait visite et emmenait ses fils visiter leur père à la prison. Cependant, selon ses dires, elle a appris une trahison de la part de son compagnon à l’époque où il était emprisonné. S’ensuivit la rupture mais ce dernier n’a pas accepté cette rupture et il a commencé à la menacer de mort, alors qu’il était encore incarcéré. Ces menaces ont représenté la principale plainte qui a généré un procès selon la loi Maria da Penha (loi brésilienne du code pénal de 2006 pour lutter contre les violences faites aux femmes). Depuis la mise en liberté de son premier compagnon, Amanda a évité d’autoriser les enfants à rencontrer leur père, tout en attendant confirmation officielle de la demande de restriction de visite de celui-ci auprès des enfants. Les conditions actuelles alléguées par Amanda pour la restriction de visite du père à ses enfants est la probable utilisation de drogues illicites à l’époque où ils vivaient ensemble.

Selon Amanda, sa plainte actuelle s’exprime ainsi: “J’ai peur de sa réaction… Je ne veux pas qu’il s’approche de moi… On ne sait jamais, n’est ce pas? Sa demande de restriction vise simplement à préserver sa vie face aux menaces alléguées. Lors de l’interview, Amanda ne savait pas encore informer de quelles conditions restrictives il s’agissait et/ou avancer un autre motif pour justifier cette mesure de protection, excepté la consommation de drogues illicites (crack), ce dernier configurant déjà un élément important.

Elle s’est exprimée ainsi : “Je vais demander à mon mari actuel ce qu’il pense de ce que je dois faire, c’est mieux comme ça, non ? » Nous avons identifié dans son histoire familiale des expériences de situations de violence conjugale chez ses parents, qui demeurent mariés depuis plus de 40 ans, bien que la relation ait été marquée par les conflits, y compris des violences physiques, selon Amanda. Nous pouvons en déduire que Amanda a l’intention, par ce procès, de rompre avec le cycle de reproduction de la violence familiale, vécue encore lorsqu’elle était enfant et répétée lors de sa relation avec son premier compagnon. Malgré tout, nous analysons la fragilité concernant la prise de décision dans sa vie, étant donné l’indéfinition de ses désirs relatifs à la situation des garçons, s’agissant de leur géniteur ; ce qui représente une donnée importante de sa réalité du moment. A nos questions sur le fait qu’il n’accepte pas la fin de leur relation et d’un possible intérêt de sa part à se réconcilier avec elle, elle démontre alimenter de l’espérance, en répondant en soupirant : « vous croyez ? »

Le vivre ensemble avec son actuel compagnon et les enfants a été décrit par Amanda comme amical, mais la complicité dans cette relation à deux n’est pas perçue encore comme idéale par Amanda. La relation de l’actuel compagnon de Amanda avec les fils de son premier compagnon est tendue ; ils se plaisent à répéter que quand ils seront grands, ils seront bandits comme leur père.

L’histoire de Amanda montre une répétition des relations de violences. Les parents se disputaient et demeurent ensemble jusqu’à maintenant. Le message qu’elle a intégré inconsciemment est que cette situation est normale. La tendance de n’importe quel être humain est de chercher des partenaires dans la vie adulte qui nous rappellent les relations entre papa et maman lorsque l’on est enfant. Nous recherchons des personnes qui, par le biais de la relation amoureuse, nous font revivre les mêmes situations vécues par le passé, qu’il s’agisse d’amour, de violence ou encore d’insuffisances, d’indifférences, d’abandons.

Tant que ces souffrances ne sont pas dites, verbalisées, réfléchies, elles vont se reproduire. Le cycle de la violence doit être dit pour être détruit. Il est fondamental de comprendre la répétition des mécanismes pour allumer le feu vert de la conscience. (DURAND, 2016).

Nous constatons, dans l’histoire d’Amanda, combien la direction de sa vie et ses prises de décision ont été déléguées à une autre personne, ici, ses partenaires. Elle a été capable de se soumettre à des situations dégradantes lors de visites intimes à son premier compagnon à la prison, mais sa limite n’a pas été celle-là. Quand l’investissement en terme d’amour est plus important que l’amour reçu de la part de son compagnon, l’équation amoureuse s’effrite. S’est alors produite la rencontre avec un nouveau partenaire qui lui proposait ce qu’elle aussi pouvait lui offrir : le respect, la fidélité. Mais, chez ce nouveau partenaire, elle s’éloigne du profil d’une personne « hors la loi » et elle rencontre le profil « chargé de l'application des lois ». Pourtant, le plus important à découvrir dans ce cas est le risque de répétition dans le fait de s’en remettre à l’autre, au nouveau partenaire en ce qui concerne ses décisions.

En accord avec Bert HELLINGER[6], dans toute et n’importe quelle relation, il doit y avoir équilibre et équité entre donner et recevoir de l’amour. Le co-dépendant de l’amour construit une relation qui s’appuie sur le besoin nostalgique de sauver, réparer ou recevoir de l’amour d’une autre personne. En accord avec la théorie familiale systémique, les ordres de l’amour ont des liens avec les systèmes familiaux de chaque sujet. Selon Bert HELLINGER, dans le premier ordre de l’amour, nous avons la référence à la pertinence. Tous ont le droit d’appartenir au système familial. Il ne peut y avoir un dominé et un dominant. Les tentatives de domination d’un partenaire sur l’autre brisent cet ordre de la relation et expliquent les douleurs qui causent sa fin. La seconde loi fait référence à l’équilibre entre donner et recevoir de l’amour. Cet équilibre est rompu quand le sujet qui donne de l’amour et reçoit moins d’amour de la part de l’autre, est chaque jour plus dépendant et tend à investir plus de « capital amoureux », alors que l’autre rétribue chaque fois moins d’amour. Troisième loi : il y a une hiérarchie du temps au sein du système familial. Celui qui vient d’abord aura la préférence sur ceux qui viendront après. Le couple détient l’économie de l’amour qui fait vivre les enfants. Sans la sensibilité à ces principes, le système familial ou la relation à deux se déséquilibre. Et ne se maintient pas.

Aparecida

Aparecida a 33 ans, est femme de ménage à la journée, bénéficiaire de la Bourse Famille. Elle nous relate que, suite à sa relation conjugale qui a duré environ 8 ans avec le père de son fils, et entre ruptures et réconciliations, ils ont eu un enfant actuellement âgé de 5 ans. La vie commune a été marquée par la violence physique et les dommages matériels pour cette femme. La rupture définitive a été motivée par des indices qui amenaient Aparecida à croire au crime incestueux d’abus sexuel de la part du propre géniteur sur son fils.

Cependant, malgré l’application d’une mesure de protection en défaveur de l’agresseur présumé, (se tenir à plus de 200 mètres de la victime présumée), elle se plaint actuellement de l’obsession exacerbée de son ex compagnon à réclamer la résidence permanente de leur fils avec lui, malgré les évidences d’abus sexuel. Dans son témoignage, Aparecida, mère de l’enfant, admet, perplexe, n’avoir aucun doute quant à l’abus subi de façon récurrente par son fils ; et, sans prêter attention aux corrélations existantes, elle a décrit d'une manière riche en détails et pétrie d’angoisse des comportements de son ex compagnon qui lui semblaient déjà étranges bien avant les accusations citées ci-dessus.

Dans la description de l’anamnèse de l’enfant, Aparecida nous raconte le deuil qu’elle a dû faire lors de la grossesse de gémeaux (de l’enfant en question). Lors de sa dernière semaine de grossesse, elle a été étranglée et frappée par le géniteur des enfants, ce qui a provoqué la mort de l’un des deux bébés, qui donnerait le nom au frère survivant. La souffrance du deuil est encore re-signifiée par cette femme, malgré les situations de manque de respect et de violence vécues tout au long de cette relation avec le père de ses enfants.

Lorsque Aparecida commence à reconstruire l’historique des faits qui ont mené à l’investigation de l’abus sexuel subi par son fils, elle affirme qu’au début elle ne doutait pas du géniteur de l’enfant. Ce n’est qu’après la révélation spontanée de l’enfant qui présentait des symptômes ressemblant à quelqu’un qui subirait des crises récurrentes d’infection urinaire, présentant des comportements de terreur nocturne, culminant avec l’obsession à d’introduire ses doigts dans l’anus qu’elle a du se rendre à l’évidence. Aparecida, suite à sa recherche d’explications auprès de pédiatres a été orientée dans le sens de dénoncer des abus sexuels sur l’enfant auprès du commissariat spécialisé et, parallèlement de commencer un traitement psychologique pour son enfant. Elle affirme que le père n’a pas contesté l’indication de traitement psychologique pour l’enfant, d’autant plus quand il a appris que son fils avait révélé à sa mère que c’est lui, son père qui lui a appris ces pratiques. Soulignons que c’est avec un mal être extrême que la mère de l’enfant fait de telles descriptions, disant ainsi: “tout ça me provoque des nausées” (sic). Nous avons aussi compris que malgré l’indignation et la perplexité, la demandeuse a pris l’initiative de façon à assurer la protection de l’enfant en mettant en place, suivant les recommandations du pédiatre, un suivi psychologique. Plus encore, nous avons compris que les violences subies par cette femme aussi longtemps pendant cette relation, ne sont devenues insupportables et répugnantes que quand la situation incestueuse n’a plus laissé aucun doute. S’agit il de la limite de la dépendance émotionnelle dans le cadre d’une relation conjugale ? S’agissant de Aparecida, nous n’avons aucun doute sur le fait que c’est ce qui a représenté la fin. Une fin douloureuse, mal digérée et torturante.

Nous n’allons pas faire l’analyse du profil psychologique d’un homme comme celui décrit par Aparecida, puisqu’il n’est pas le centre de cet article. Cependant, ce cas illustre bien notre conviction selon laquelle, dans de nombreuses situations de violences conjugales, les enfants sont la limite ultime pour les femmes. Quand il existe des risques pour leur vie et pour leur intégrité physique, la femme sort de sa torpeur et se réveille de l’anesthésie relationnelle ; elle prend alors l’initiative de protéger ses enfants, de façon incisive.

En France, en 2013, 33 enfants sont morts de violences intrafamiliales; 13 enfants, au même moment que leur mère par son partenaire. Selon les données du 3919 (appel gratuit pour les femmes en situation de violences), au moins 12% des femmes qui appellent affirment avoir des enfants qui subissent des maltraitances directes[7]. Nous n’avons pas de données pour le Brésil ; nous savons que, dans tous les cas, dans le monde entier, un enfant qui assiste à des disputes ou à des violences dans le milieu familial, entre ses père et mère ou toutes autres personnes proches, subit des violences indirectes, traumatisantes.

Violences indirectes (quand on assiste aux violences), violences directes y compris l’inceste, toutes formes de violences sexuelles, comme c’est le cas ici et l’abandon sont les mauvais traitements vécus para des enfants dans des milieux familiaux violents. Les enfants finissent par croire que: par les violences et menaces, on peut obtenir ce que l’on veut ; une personne a deux options : être agresseur ou victime ; les victimes sont responsables de la violence; quand des personnes font mal à d’autres personnes, elles ne sont pas punies; la colère ou l’abus d’alcool provoquent la violence; les relations perverses et inégales sont normales et peuvent être prévues ; les hommes peuvent contrôler la vie des femmes ; les femmes ne méritent pas d’être traitées avec respect.

Qu’est ce qui est en jeu pour un enfant, s’il dénonce de mauvais traitements ? Il prend le risque de voir la violence continuer voire empirer ; de ne pas être cru par la famille ; d’être exclu par les autres enfants ; de provoquer de la colère dans la famille qui peut le mettre à la porte. Certaines peurs sont réelles et d’autres sont des malentendus.[8]

Face à la violence et au chaos dans la famille, souvent, la femme n’a la perception du risque qu’elle court à vivre avec son (sa) partenaire que quand elle doit se soumettre à des traitements de santé. Maladies sexuellement transmissibles, grossesse sans suivi adéquat du prénatal, stress post traumatique, rythme de vie surchargé accompagné d’épisodes dépressifs, sont quelques exemples que nous pouvons citer de ce scénario de la réalité auquel s’expose le femme contemporaine. Nous avons constaté suite à notre expérience de plusieurs années auprès de femmes en situations de violence, que leur limite était la violence directe sur le (s) enfant (s). Elles quittent alors le mari à n’importe quelle heure du jour ou de la nuit et emmènent les enfants.



Francisca et Camila

Nous avons été mises en présence de cette situation lorsqu’une plainte a été déposée auprès du Ministère Public par une jeune fille. Camila, à l’époque âgée de 17 ans, a dénoncé le fait que son géniteur retenait sa compagne actuelle, Francisca, 40 ans, garde d’enfants, et ses deux enfants mineurs chez lui contre leurs volonté. Il les frappe, les menace et les enfants ne peuvent pas jouer ni aller à l’école. Les enfants de Francisca, deux petits garçons de 9 et 8 ans, ne sont pas les enfants du père de Camila et donc ne sont pas non plus les frère de Camilla mais malgré tout, la jeune fille, préoccupée par l’intégrité physique et psychologique des enfants et de leur mère a fait la dénonciation, accusant son propre père. Actuellement, la jeune Camila a 18 ans et lors de la visite au domicile, nous avons pu prendre connaissance de faits nouveaux, ce qui a généré un autre procès contre son père, dans le cadre de la Loi 11.340/2006, dite Loi Maria da Penha.

Nous avions déjà rencontré Francisca en 2014, lors d’un procès contre son ex compagnon, géniteur de ses deux enfants cités ci-dessus. Lors de cette rencontre avec Francisca, l’équipe éducative du Tribunal avait été sollicitée pour évaluer la situation des risques pour la victime par rapport à sa demande d’abandon de la mesure de protection, actée lors de cette procédure. A ce moment-là, nous avions déjà vérifié le besoin de traitement pour la dépendance à l’alcool et les deux parties du procès ont été orientées vers le traitement adéquat au Centre d’Attention Psycho-social – alcool et drogues (CAPS-AD). Comme conséquence de la dépendance à l’alcool, Francisca a eu la garde de ses enfants questionnée à deux reprises et les deux enfants ont été placés dans des foyers pour enfants pendant environ un an.

Lors d’un entretien individuel avec Francisca, nous avons constaté que son discours n’était pas cohérent et nous lui avons demandé de décrire ses émotions actuelles et son état de santé. Elle s’est plainte initialement d’un aggravement de l’insomnie, malgré des médicaments qu’elle utilisait déjà sur prescription médicale indiquée dans le traitement du syndrome de l’abstinence alcoolique. Elle a affirmé être totalement abstinente d’alcool depuis environ six mois, lorsqu’elle s’est soumise au traitement au CAPS-AD, qui l’a d’ailleurs libérée récemment.

Dans sa narrative, faite de façon très accélérée, Francisca nous raconte qu’elle a rencontré son deuxième compagnon (le père de Camila) au CAPS-AD, quand ils suivaient tous les deux un traitement pour la dépendance à l’alcool. Après 6 mois à se fréquenter, le couple est allé vivre dans la résidence de Francisca. Elle confirme toutes les violences subies par elle et ses enfants qui ont été dénoncées par sa belle-fille de l’époque, Camila, pour laquelle elle a beaucoup d’affection. La jeune Camila a même commencé à vivre avec Francisca pour éviter de vivre avec son beau-père violent et sa mère. Et elle se retrouve confrontée à son père violent avec Francisca, sa compagne à l’époque. Camila a accès à l’information sur les droits des femmes et a recours de façon appropriée au réseau de protection des femmes proposé par l’Etat. Suite au dépôt de plainte de Camila contre son père, celui-ci a commencé à la menacer, elle, sa propre fille. Francisca dit ne plus recevoir de menaces de son ex compagnon, le père de Camila, qui l’avait maintenue prisonnière, cependant elle affirme qu’il continue à lui téléphoner et demande une réconciliation amoureuse. Elle dit d’autre part qu’il (le père de Camila) est très en colère contre sa fille. Nous avons constaté l’ambigüité des sentiments de Francisca, qui tend vers une réconciliation avec son ex compagnon et agresseur.

Au cours d’une autre visite au domicile, Camila nous signale ses propres soupçons concernant l’intérêt de Francisca à se réconcilier avec son père et en quoi sa situation à être soutenue et à vivre en sécurité avec cette famille est menacée. Francisca, dans son discours, démontre beaucoup d’hésitation dans sa prise de décision quant à une éventuelle réconciliation amoureuse avec le père de Camila, dans la mesure où elle ne se définit par rapport à son premier compagnon, le père de ses enfants.

Ce que nous avons compris de l’histoire de vie de Camila c’est la constance de familles traversées par des conflits conjugaux. C’est aussi sa recherche persistante à éviter de tels quotidiens conflictuels et violents, que ce soit lorsqu’elle vivait avec ses parents et assistait à des violences contre sa mère, que ce soit lorsque sa mère a commencé à vivre avec un autre partenaire violent, ou encore quand son père a été accusé de violences contre son ex compagne et ses enfants en bas âge. La perpétuation de la violence conjugale et intrafamiliale contre la femme dans ce cas illustre parfaitement à quel point il est urgent d’investir dans l’éradication de telles situations aux répercutions sociales préoccupantes. Heureusement, nous avons pu identifier l’appropriation des informations correctes de la part de Camila en ce qui concerne ses droits, ses capacités à dénoncer la violence perpétrée contre la femme dans cet univers familial. Nous avons appris que Camila a été prise en charge suite à des menaces contre sa vie de la part de son père.

L’exemple de Camila nous montre qu’il n’y a pas une seule voie de compréhension et d’interprétation des situations de violence subies par les femmes. Elle aurait pu reproduire la violence. Mais, de par sa réaction à vouloir briser ce cycle de violence familiale, elle nous montre un chemin très différent. Elle nous amène à penser au concept de résilience.

Introduit en France par Boris CYRULNIK[9], le concept de résilience signifie capacité à rebondir, parvenir à vivre et grandir de façon positive, de façon socialement acceptable, malgré le stress et/ou une adversité qui comportent généralement un risque grave d’arriver à quelque chose de négatif. Né dans une famille de migrants juifs, laissé par sa mère à l’assistance publique, il dit lui-même s’être réveillé – né une seconde fois – entouré d’hommes armés qui étaient venus le chercher pour l’emmener, avec d’autres enfants juifs aux camps de concentration. Il a été sauvé par une infirmière que l’a caché sous un lit. Il affirme que cette mémoire d’un passé traumatique l’a amené à devenir psychiatre.

CYRULNIK est connu dans le monde entier pour avoir popularisé le concept de résilience (renaître de sa souffrance) qui l’a inspiré grâce à la lecture des travaux de John BOWLBY, principalement en ce qui concerne la théorie de l’attachement, lorsqu’un enfant développe des liens avec au moins une personne de façon à se sentir en sécurité par rapport à l’espace qui l’entoure et principalement en cas de stress[10].

Avant de passer au vocabulaire psychosocial, résilience en terme de physique, traduit l’aptitude d’un corps à résister à des chocs et à reprendre sa structure initiale. Adaptée à la psychologie, elle désigne la capacité d’un individu à dépasser les moments douloureux de l’existence et à se développer malgré la violence du vécu. C’est le cas de beaucoup d’enfants qui sont passés par des situations de conflits armés par exemple. C’est aussi le cas d’enfants, d’adolescents et d’adultes qui subissent des accidents, des agressions, des violences domestiques, des maltraitance, abandons, violences sexuelles.

La résilience consiste à reconnaître un traumatisme (deuil, abandon, violence, maladie) et apprendre à vivre avec, en sachant qu’il fait partie intégrante de sa vie. Ce qui est fondamental, c’est agir, changer de perspective, avoir une autre lecture d’un passé lourd afin de pouvoir grandir.

Le processus de résilience chez les femmes victimes de violence domestique a été bien décrit par LABRONICI (2012, p.629) [11] :

…A partir du moment où les femmes tout en étant dans un processus de servitude et de déstructuration de leur propre vie et de celle de la famille, en fonction de la violence subie pendant leur trajectoire existentielle, ont été surprises par un comportement de violence extrême, lorsque l’agresseur, concrètement a tenté de les tuer, agresser et/ou tuer les enfants. Le fait de faire face (qui est le premier temps du processus de résilience) a été initié, étant donné qu’elles ont été confrontées à la possibilité de finitude humaine. (...) Quand la femme victime de violence domestique parvient à parler, exposer sa subjectivité, à partir de son expérience traumatique, elle pourra alors donner un autre sens à son vécu, à son expérience accumulée et, en le faisant, il lui sera possible de transformer le sens de la souffrance et ainsi, la dépasser.








Pour continuer nos questionnements


Au cours de ces écrits, nous avons parlé de la famille. Le fait familial est universel. La vie familiale est présente dans pratiquement toutes les sociétés humaines, même chez celles dont les habitudes sexuelles et éducatives sont très éloignées des nôtres, écrivait déjà Claude LEVI-STRAUSS (1979). La violence explicite ou voilée est pratiquée dans le cadre familial entre individus unis par les liens de parenté civile (mari et femme, belle-mère, beau-père) ou de parenté naturelle (la filiation).

Dans toutes les sociétés connues, la famille conjugale est présente. De cette rencontre, naîtra (naîtront) d’autre (s) être (s) et ainsi indéfiniment. Nous avons alors affaire à deux approches : la sociologique et historique qui privilégie l’étude des générations et des filiations alors que l’autre, plus anthropologique, s’intéresse essentiellement de la description horizontale, structurelle ou comparative des alliances, mettant l’accent sur le fait que chaque famille provient toujours de l’union de deux autres familles.

Nous savons que la majeure partie des violences contre les femmes et/ou les enfants se produisent dans le cadre familial ou domestique. Ces violences sont physiques, psychologiques, sexuelles, morales, verbales – menaces, insultes – économiques, dans un espace qui devrait protéger femmes et enfants.

La question familiale a beaucoup à voir avec la question culturelle. Dans la culture occidentale, le fils, la fille appartiennent au père et à la mère. L’enfant se construit dans cette notion d’arbre généalogique, d’héritage, de chromosomes, de caractère, de transmission. L’enfant qui n’appartient à personne, devient personne. Il se sent exclu pour ne pas avoir d’histoire, pour ne pas savoir d’où il vient. La généalogie constitue un ordre qui permet de savoir quelle est la place de chacun, en fonction de son ascendance et de ses alliances. Deux différences s’imposent comme fondatrices de l’ordre social : la différence de sexe et la différence de génération. L’ordre généalogique inscrit l’individu dans l’humanité. Il attribue à chaque homme et à chaque femme limites et identité. La prohibition de l’inceste trouve ici sa justification. La confusion de lieux et de générations est destructrice pour deux raisons ; parce qu’elle entretient la violence intrafamiliale et parce qu’elle ne se soumet pas à la loi et ne se confronte pas non plus à l’altérité.

Dans certains contextes familiaux, diverses formes de violences sont développées, y compris les violences sexuelles. Les psychologues parlent de reproduction du cycle de la violence dans la mesure où des hommes et des femmes qui ont été maltraités affectivement, physiquement dans l’enfance vont reproduire à l’âge adulte ce qu’ils ont subi enfants. Un enfant qui a été abusé par une personne proche, intime, s’il n’est pas pris en charge, s’il n’est pas accompagné par un psychologue, risque de développer une sexualité perverse. La répétition inconsciente d’une histoire familiale fracassée est la base de l’agressivité et de la violence, sans oublier la soumission présente chez un grand nombre de couples. Une jeune fille décide de sortir de la maison pour fuir une situation de violence, pour vivre (consciemment) autre chose, mais, rapidement, elle réalise qu’elle a choisi (inconsciemment) la même chose, sous une autre forme.

Viol et inceste sont le résultat de la dé-ritualisation d’une famille, d’un groupe social. Être père et/ou être mère n’a pas été intégré; le rôle, le sens de la fonction parentale ont été perdu et ont apporté ces dysfonctions.

L’inceste a été attribué à des familles pauvres. Ce n’est pas la pauvreté qui apporte des dysfonctions sexuelles, c’est la manque voire l’absence de rituels, c’est la négation de la loi, c’est le fait de ne pas reconnaître l’autre comme séparé, comme autre.

Dans le domaine des violences domestiques, nous sommes confrontés à un phénomène de reproduction sociale. Elles représentent un vrai problème de santé publique, qui n’est pas pris au sérieux. Ce sont ces mêmes violences qui atteignent les enfants, adolescents, petits garçons, petites filles et, postérieurement des femmes et des hommes. Ce sont ces enfants qui, lorsqu’ils grandissent, deviennent victimes ou agresseurs parce qu’ils n’ont pas parlé, ni travaillé sur eux au sujet de ces relations de violences et n’ont pas reçu de traitement ni de suivi clinique.

La résilience apparaît comme une lumière, une espérance dans un cadre social, lui-même au-delà d’alarmant et confus. Nous savons seulement que les personnes résilientes ont un potentiel psychique pour résister à la douleur ; nous savons aussi que la résilience éclot dans un contexte d’empathie, une main tendue, une écoute active, un appui.

Une personne violente est celle qui n’a pas appris les mots pour s’adresser à l’autre. La violence est un geste sans mot ; c’est l’énergie sans communication ou encore une autre forme de communication.

Dans les espaces d’accueil, la femme qui souffre de violences conjugales, peut se réapproprier sa parole, sa propre histoire et sa propre altérité. Lorsqu’elle parle, elle devient sujet, elle cesse d’être l’objet dans l’histoire de son compagnon.

La souffrance humaine, bien qu’elle soit universelle, est avant tout et de façon primordiale, singulière. Chaque situation présentée dans cet article montre la singularité dans les souffrances et angoisses et dans le fait d’affronter l’inacceptable. Elle montre l’universalité que chacun porte en lui dans le fait de proposer un nouveau signifiant et un nouveau sens à la vie, même en situation d’extrême difficulté.

Amanda. Elle a accepté d’innombrables fois de se soumettre aux dangers et à la gène par lesquels passe une femme lors d’une visite intime dans le système pénitenciaire brésilien. Elle a maintenu cette relation qui, pour un certain temps a représenté sa zone de confort, dans la mesure où cet homme est le père de ses enfants. Dans son quartier et dans sa famille elle était la femme du bandit. Mais quand les enfants ont commencé à être en danger en vivant une partie du temps avec leur père, consommateur de crack, sa réaction a été de protection. Et le cycle de violence est rompu, la restriction des visites au père est demandée auprès de la justice et la résilience montre sa force.

Aparecida. Sa vie a été mise en danger par son compagnon à diverses reprises au long de leur relation conjugale dysfonctionnelle. Elle a été frappée pendant sa grossesse lorsqu’elle portait des jumeaux vivants et a été confrontée au deuil de l’un d’eux. Mais la douleur n’est pas partagée. Quand son fils voit sa dignité usurpée par son propre géniteur, la résilience montre force et fermeté et elle décide pour son fils, de le protéger.

Francisca. A deux reprises et avec deux compagnons différents, elle a vécu des situations de violence domestique. Ce n’est que quand ses enfants sont retenus prisonniers que la souffrance est perçue comme extrême.

Camila. Elle est née dans un foyer où sa mère subissait des violences psychologiques, morales, physiques de la part de son propre père. Elle a cherché un foyer sans conflit dans la famille de sa mère et de son beau-père et ne l’a pas trouvé. Mais, elle persiste. Encore très jeune, elle trouve, par le zèle et l’affection qu’elle porte aux enfants de sa belle-mère le courage de dénoncer son propre père violent.

Qu’est-ce qui pousse ces femmes à désister d’une relation violence et à insister à croire en elles-mêmes ? Quelle est la limite pour une violence perpétuée par son compagnon ? Où et comment commence la rupture de la dépendance émotionnelle ? Nous devons proposer les chemins vers cette découverte ; nous pouvons indiquer des chemins, mais au moment de remettre la carte dans les mains d’un voyageur, nous savons que la carte n’est pas le territoire. Et le cheminement devra être fait de façon particulière. Mais nous savons que le chemin existe et qu’il est possible de le suivre et de s’y engager. Avec résilience.








Références:

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BOWLBY, J. Attachement et perte, Paris: PUF, 2002


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DURAND, V. Órfãs de esperança: violências contra a mulher, alguns relatos no mundo, Recife: Cubzac, 2016


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GUIMARÃES, F. (2015). “Ela não precisava chamar a polícia...”: anestesias relacionais e duplos-vínculos na perspectiva de homens autores de violência conjugal. Tese de doutorado. 278 f. Instituto de Psicologia, Universidade de Brasília, Disponível em <http://repositorio.unb.br/bitstream/10482/20983/1/2015_Fabr%C3%ADcioLemosGuimar%C3%A3es.pdf> Accès 27/04/2017


LABRONICI, L.M. Processo de resiliência nas mulheres vítimas de violência doméstica: um olhar fenomenológico. Texto contexto - enferm. Florianópolis, v. 21, n. 3, pp. 625-632, 2012. Disponible sur <http://www.scielo.br/scielo.php?script=sci_arttext&pid=S0104-07072012000300018&lng=en&nrm=iso> Acessado em 04/05/2017. http://dx.doi.org/10.1590/S0104-07072012000300018


NEUHAUSER, J. (Org) Para que o amor dê certo. O trabalho terapêutico de Bert HELLINGER com casais. São Paulo: Cultrix, 2006




[1] Psychologue clinicienne, diplômée de l’UFRN, Capacitée en psychologie et psychothérapie trans-personnelle par l’ANPPT et Analyste Judiciaire -Psychologue à la Chambre de Violences domestiques du Tribunal de Justice de Jaboatão dos Guararapes-PE. Email : rosalymcoelho@gmail.com


[2] Docteure en Anthropologie –Etudes des sociétés latino américaines–– Université Sorbonne Nouvelle – Paris 3, maître en Langue, littérature et civilisation étrangère – Université de Rennes II, maître en Ethnologie – Université de Paris 7, Professeure, Chercheure internationale, consultante, Email : veronique.marie.durand@gmail.com


[3] Disponible sur <https://www.dianeborgia.com/qu-est-ce-que-la-d%C3%A9pendance-affective/> Accès: 10/04/17


[4] Disponible sur <https://www.senado.gov.br/senado/datasenado/pdf/datasenado/DataSenado-Pesquisa-Violencia_Domestica_contra_a_Mulher_2013.pdf> Accès: 04/05/2017



[5] Disponible sur <http://repositorio.unb.br/handle/10482/20983> Accès: 27/04/2017



[6] NEUHAUSER, J. (Org). Para que o amor dê certo. O trabalho terapêutico de Bert Hellinger com casais. 2ª edição. São Paulo: Editora Cultrix, 2006.



[7] Disponíble <http://www.bfmtv.com/societe/les-enfants-les-autres-victimes-des-violences-faites-aux-femmes-848620.html> Accès 02/05/17



[8] Disponible <http://www.lfcc.on.ca/apprendre.pdf> Accès 07/05/17





[9] Un merveilleux malheur, Paris: Odile Jacob, 1999


[10] BOWLBY, J. Attachement et perte, Paris: PUF, 2002


[11]Disponible em <http://www.scielo.br/scielo.php?script=sci_arttext&pid=S010407072012000300018&lng=en&nrm=iso&tlng=pt> Accès 04/05/17.


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